Partager l'article ! Ecrit 2010: Ma pratique est libre, guidée par un puissant désir d’exploration, perceptible jusque dans la diversité des proce ...
Ma pratique est libre, guidée par un puissant désir d’exploration, perceptible jusque dans la diversité des processus et des médiums que j’utilise. Chaque projet naît d’une rencontre, d’une curiosité renouvelée, une observation minutieuse de la réalité la plus pragmatique, la plus élémentaire. Je suis un « flâneur urbain » qui s’arrête sur des détails, situations ou objets qui constituent et caractérisent notre quotidien.
Je cherche dans mon travail à donner à voir une trace sensible du passage de la vie. Il s’agit pour moi, d’évoquer la fragilité de l’existence. C’est pourquoi j’emprunte à notre quotidien sa matière première. J’associe absence humaine et objet industriel pour parler de leur évanescence mutuelle.
Mes sculptures sont réalisées à partir d‘éléments standardisés tels les emballages, cartons, peinture routière, poubelles, en lien avec leur environnement. Ma réflexion s’étend aux usages et aux comportements qu’ils induisent et à la relation psychologique, presqu‘affective, que nous entretenons avec ces « motifs » qui conditionnent notre rapport au monde.
Des objets d’extérieur et mobilier urbain sont extraits de leur environnement courant, pour être réintroduits dans un milieu inhabituel, l’espace d’exposition. Il ne s’agit pas pour autant de « ready-made », car si de rebut ces motifs acquièrent le statut d’œuvre en intégrant l’espace d’exposition, chacun d’entre eux a été repensé non seulement dans son statut et son espace de visibilité, mais aussi dans sa forme et sa nature.
Je pars d‘affects individuels que je soustrait au collectif. Mes productions suscitent un regard décalé et remettent en question les habitudes de perception. Transformations des matières et jeux de langage se combinent dans une esthétique de l’inversion et du décalage, entre intérieur et extérieur, contenant et contenu. Le référent est recomposé, réinventé. Les objets figées et neutralisées, deviennent inutilisables et se poétisent. Ces réalisations sont autant d’interfaces entre le réel et la fiction. A la frontière de l’art et du graphisme, mes peintures, sculptures et installations bousculent notre rapport au réel.
Je suis à la recherche de la limite, du déséquilibre que procure l’entre deux. Les codes d’identification de masse sont reproduits jusqu’à l’absurde. On est chaque fois convié à un renversement de sens de type fond-forme, vide et plein, volume et planéité qui par métaphore incite à chercher le sens à partir d’un non-sens. Mon travail explore ce qui m’apparaît le plus important aujourd’hui : un état de métamorphose critique et poétique du réel.
À l’époque de la surconsommation, des superproductions, de l’inutile et du futile, du toujours plus et du trop plein, pourquoi ne pas s’inscrire à contre-courant, adopter une posture contestataire, penser le moins, la décroissance, le rien. Less against more. Le plus d’effet le moins de moyen. J’adhère constamment à une certaine forme de neutralité, pour une méthode de travail simple, voire presque déceptive. Souhaitant en effet ajouter le moins de signes possibles et prendre le minimum de décisions qui soit. Une pièce dont la finalité est de réinventer le réel tel qu’il se présente et à partir de lui-même. Bercé par la culture hip-hop, je transmets à mes travaux cette énergie et cette volonté d’imposer son existence au monde. L’instantanéité du moment présent est injectée dans les sculptures et peintures.
Les motifs sont reformulés, sous forme de ruine, paysage ou graphisme, selon les codes d’une esthétique minimaliste et conceptuelle. Un envol d’avion en papier, des chewing-gums écrasés, les restes d’un marquage routier, une poubelle découpée… Tels des vestiges ou ruines artificielles d’une époque civilisée, mes travaux tendent à sublimer la trivialité de notre quotidien. Une empreinte, instant figé, qui évoque une triste poésie à l’égard de l’existence éphémère de l’homme.
Par le biais de ma production, je tente de mettre l’homme face à une réalité renversée. Mon travail interroge l’identité collective, la mettant en question et parfois en déraison face à la vanité de notre condition. Mes sculptures matérialisent également la volonté propre que j’ai d’injecter le poétique dans la sphère du quotidien et inversement. Le monde réel est alors considéré comme un chantier qu’il s’agit de transformer en espace plastique, à réinventer sans cesse, afin d’en faire une structure en perpétuel devenir.